« Creuser l’endettement, un jeu dangereux »

Contribution d’Arnaud Collignon pour Inter Environnement Wallonie.


En réponse a votre question, je joins l’analyse faites par IEW dans son rapport  « Vers un plan finance climat intégré ».  P70 et suivante.

Si l’endettement semble effectivement la meilleure manière à l’heure actuelle pour libérer les moyens nécessaires à l’investissement dans la transition environnementale, cela ne peut se faire à n’importe quelle condition.

Creuser l’endettement est un jeu dangereux La plupart des mécanismes proposés pour permettre l’endettement (telle l’émission d’obligations achetées par une banque centrale) passe par la création de monnaie.

A priori, l’idée selon laquelle l’autorité publique pourrait sans conséquence créer de la monnaie à l’infini sans impact sur l’économie, sur la société et sur l’environnement semble fragile. Elle repose notamment sur le fait que malgré les quantités très importantes de monnaies créées en 2009 et en 2015 pour « sauver les banques », aucune inflation n’a été constatée. Finalement, contrairement à toutes les attentes, malgré l’abondance de monnaie en circulation, la Banque centrale européenne semble davantage devoir lutter contre une déflation (soit l’ « inverse » de l’inflation). Mais cela ne veut pas dire que l’injection massive d’argent dans l’économie ne représente pas de risque. Au contraire :

1. pour beaucoup de spécialistes, l’abondance d’argent créée par les États se retrouve dans des bulles spéculatives qui explosent de manière régulière et sont responsables des crises financières à répétition. La crise des subprimes en 2009 à l’origine de la crise financière était ainsi notamment provoquée par la surabondance de crédits octroyés par les banques américaines de manière inconsidérée ; 2. ensuite, et surtout, la création monétaire au profit d’investissements dans la transition écologique répond à nouveau à cette logique d’empilement déjà dénoncée dans ce dossier. On « rajouterait simplement une économie verte à l’économie grise… » Libérer les investissements verts des contraintes budgétaires européennes pourrait ainsi dégager des marges budgétaires pour des enveloppes incompatibles avec la transition écologique (routes, aéroport…).

Même à taux négatif, un emprunt reste un report de dépense vers des années ultérieures (à moins qu’il s’agisse du refinancement d’une dette déjà existante). En d’autres termes, emprunter aura toujours un coût pour les générations futures qui devront intégrer le remboursement de l’encours de la dette lors des prochains exercices budgétaires.

Au final renforcer l’endettement ne peut s’envisager qu’avec une extrême prudence.

Un endettement supplémentaire pour des investissements publics dans la transition énergétique n’est dès lors acceptable que s’il permet d’éviter des coûts pour ces mêmes générations futures et s’il vient en complément d’une politique de ré-orientation des fonds publics et privés pour assécher l’économie grise… Malheureusement comme nous l’avons vu, la plupart des besoins importants en financements publics ne peuvent être couverts par d’autres moyens que l’endettement.

Au final, nous estimons donc qu’étant donné les besoins gigantesques en argent public, nous devons nous émanciper des règles budgétaires européennes. Mais cela doit se faire dans un cadre clair et strict pour éviter que cet endettement supplémentaire ne serve au final qu’à faire du business as usual.

Enfin, la question de l’endettement public est plus que jamais centrale dans ce monde post Covid. D’autant que pour lutter contre la crise sanitaire et économique de court terme, les règles budgétaires de Maastricht (les mécanismes que nous décrivons dans la partie « évolution du débat européen » p.68) ont été levées. Les états peuvent donc créer un déficit bien au-delà de 3% de leur PIB et s’endetter en conséquence. La question est dès lors posée de savoir jusqu’où cette flexibilité budgétaire européenne sera maintenue tant dans la durée, que sur le niveau d’endettement autorisé.

Ces dettes massives ne resteront pas sans conséquence. Notre mise en garde, « Creuser l’endettement est un jeux dangereux »(p.70) prend aussi une nouvelle dimension avec la crise. D’autant plus que l’endettement actuel consomme la capacité d’endettement de nos économies dans le futur. Au final, les mesures économiques prises aujourd’hui pourraient fortement limiter la capacité future de notre pays et de l’Europe à mettre sur pieds un Plan Finance Climat Intégré.

Il est dès lors encore plus urgent de veiller à orienter les capitaux publics en priorité vers les secteurs désirables d’un point de vue environnemental.

A terme, une fois le retour d’un cadre budgétaire plus strict, il est crucial de maintenir les investissements verts en dehors du périmètre de la dette publique.